
La peur de décevoir son partenaire en double paralyse de nombreux joueurs. La solution ne se trouve pas dans la puissance, mais dans l’intelligence de jeu et la fiabilité.
- Le secret est de passer d’un statut de « joueur moyen » à celui de « partenaire tactique » en maîtrisant le positionnement et la communication non-verbale.
- Gagner en double repose sur la capacité à créer des schémas prévisibles pour son coéquipier, et imprévisibles pour les adversaires.
Recommandation : Concentrez-vous sur un seul des principes tactiques de cet article à chaque match pour le maîtriser et construire une confiance inébranlable avec votre partenaire.
Vous entrez sur le court pour un double en équipe. Une boule se forme dans votre estomac. Votre partenaire est mieux classé, plus constant, et vous n’avez qu’une seule crainte : être le maillon faible, celui qui va lui coûter le match. Cette angoisse, partagée par des milliers de joueurs de club, pousse souvent à surjouer, à tenter des coups impossibles ou, à l’inverse, à se crisper et ne plus rien oser. On se concentre sur ses propres faiblesses, en oubliant l’essence même du double : la synergie.
La plupart des conseils se résument à « bien communiquer » ou « jouer au centre ». Si ces bases sont justes, elles sont terriblement incomplètes. Elles n’expliquent pas *comment* communiquer sans alerter l’adversaire, ni *pourquoi* le centre est une zone stratégique. Elles occultent la dimension psychologique et la construction d’une véritable alchimie qui transforme deux joueurs moyens en une paire redoutable.
Et si la clé n’était pas de chercher à frapper plus fort ou à réussir des coups spectaculaires ? Si la véritable valeur d’un partenaire de double ne résidait pas dans son classement, mais dans sa fiabilité tactique et sa capacité à rendre son coéquipier meilleur ? C’est ce que nous allons explorer. Oubliez la pression du résultat individuel. Cet article va vous donner les clés pour devenir le partenaire que tout le monde veut avoir à ses côtés, celui dont l’intelligence de jeu compense largement une éventuelle faille technique.
Nous allons décortiquer les mécanismes qui font une grande équipe de double, des secrets de communication non-verbale aux choix stratégiques qui déstabilisent l’adversaire. Préparez-vous à changer votre vision du jeu à deux.
Sommaire : Devenir le pilier de votre équipe de double
- Pourquoi 70% des points en double se gagnent-ils à la volée ?
- Comment annoncer vos intentions à votre partenaire sans alerter les adversaires ?
- Formation australienne ou classique : laquelle choisir pour déstabiliser un bon relanceur ?
- L’erreur du « couloir » que commettent 80% des joueurs de club en défense
- Quand tenter l’interception : le timing parfait pour surprendre le relanceur
- Sacrifier le numéro 1 ou densifier le bas : quelle compo pour gagner la rencontre ?
- Frapper fort ou amortir : quel choix pour finir le point à coup sûr ?
- Comment réussir ses volées de finition sans paniquer quand la balle arrive vite ?
Pourquoi 70% des points en double se gagnent-ils à la volée ?
Le chiffre de 70% est une image, mais il illustre une vérité fondamentale du double : le contrôle du filet est la clé de la victoire. Contrairement au simple où l’on peut gagner en usant l’adversaire du fond de court, le double est un jeu d’échecs où la prise de l’avant-poste est décisive. La raison est purement géométrique : à deux, vous couvrez une largeur bien plus importante, rendant les passings beaucoup plus difficiles. Le joueur au filet n’est plus une cible vulnérable, mais un mur qui ferme les angles et réduit considérablement le temps de réaction des adversaires.
La stratégie maîtresse est donc claire : construire le point pour permettre à l’un des deux partenaires de le conclure par une volée. Chaque coup joué du fond de court doit avoir cet objectif en tête. Un service slicé qui sort le relanceur, une première volée de transition dans les pieds, un lob de défense pour se replacer… tout converge vers ce moment final. C’est un changement de mentalité radical : on ne frappe plus pour faire un coup gagnant direct du fond, mais pour créer l’opportunité de la volée décisive.
Ce principe est d’autant plus vrai que la tactique générale en double consiste à terminer les points au filet. Pour y parvenir, l’équipe doit agir comme un seul homme. Une équipe de double performante attaque à deux et défend à deux. Cela signifie maintenir une distance idéale d’environ trois mètres entre les partenaires, se déplaçant latéralement comme s’ils étaient liés par une corde invisible. Si votre partenaire est attiré sur le côté, vous devez vous décaler avec lui pour couvrir le centre. C’est cette synergie de positionnement qui transforme deux joueurs en une véritable paire.
Comment annoncer vos intentions à votre partenaire sans alerter les adversaires ?
La communication est le pilier de toute équipe de double performante. Mais crier « je croise ! » à chaque service est le meilleur moyen d’offrir le point à des adversaires attentifs. La véritable communication en double est subtile, codée et se passe majoritairement avant que la balle ne soit en jeu. Elle transforme l’incertitude en une stratégie claire et partagée, renforçant la confiance mutuelle.
Le système le plus courant et le plus efficace est celui des signaux manuels faits par le partenaire au filet, dans son dos, juste avant le service. Ces signaux créent un « contrat » pour le point à venir. Par exemple :
- Poing fermé : « Je reste de mon côté. » Le serveur sait qu’il doit couvrir sa moitié de terrain après son service.
- Un doigt pointé (l’index) : « Je croise. » Le volleyeur annonce son intention de bouger pour intercepter le retour au centre. Le serveur doit alors se préparer à couvrir la zone laissée libre.
- Main ouverte : « Je lis le jeu. » Le volleyeur annonce qu’il s’adaptera en fonction de la qualité du retour, sans plan prédéfini.
Ces codes simples éliminent les doutes et les collisions. Ils permettent au serveur de savoir exactement où jouer et où se replacer. Comme l’expliquent les spécialistes français du double Fabien Reboul et Sadio Doumbia, leur alchimie sur le terrain est primordiale. Leur communication, parfois même tendue, est ce qui soude leur équipe, car elle témoigne d’un engagement total dans une stratégie commune. Le but est de créer une certitude pour votre partenaire et une incertitude maximale pour les relanceurs.

Au-delà des signaux, une communication verbale succincte entre les points est essentielle pour ajuster la tactique. « Le relanceur en face croise tout, reste vigilant au centre » ou « Son revers est friable, servons dessus ». Ces micro-ajustements montrent à votre partenaire que vous analysez le jeu et que vous êtes investi dans la victoire commune.
Votre plan d’action pour une communication tactique efficace
- Points de contact : Listez les signaux (main dans le dos, poing fermé, etc.) que vous maîtrisez.
- Collecte : Inventoriez les annonces verbales que vous utilisez déjà (« Je croise ! », « Toi ! », « Change ! »).
- Cohérence : Confrontez vos signaux à la tactique de base. Le signal pour « je croise » est-il clair et différent de « je reste » ?
- Mémorabilité/émotion : Repérez les signaux uniques qui renforcent votre complicité vs les annonces génériques qui alertent l’adversaire.
- Plan d’intégration : Choisissez UN nouveau signal ou UNE annonce à travailler avec votre partenaire pour la prochaine rencontre.
Formation australienne ou classique : laquelle choisir pour déstabiliser un bon relanceur ?
Une fois la communication établie, vous pouvez commencer à utiliser des armes tactiques plus avancées pour perturber vos adversaires. Le choix du positionnement au service est l’une des plus puissantes. La plupart des joueurs de club ne connaissent que la formation « classique » : le serveur d’un côté, le partenaire de l’autre. Mais il existe une alternative redoutable pour briser la routine : la formation australienne.
La formation australienne est une tactique de double connue qui est utilisée par certains des meilleurs joueurs du monde. Le serveur et son partenaire doivent se tenir sur le même côté du court. Pendant le service, la personne au filet doit se baisser pour se mettre hors d’atteinte, puis se relever pour intercepter le retour.
– Pages Jaunes Canada, Guide stratégique du double au tennis
L’objectif de cette formation est de créer une pression constructive sur le relanceur. En se plaçant du même côté, vous l’obligez à changer ses habitudes et à viser des zones moins confortables, souvent long de ligne, ce qui est un coup plus risqué. C’est une tactique particulièrement efficace pour protéger le revers faible d’un serveur (en se plaçant côté coup droit) ou pour surprendre sur des points clés (balle de break, 40-A).
Cependant, cette formation n’est pas une solution miracle et demande une parfaite coordination. Le choix entre les deux dépend de l’analyse de vos adversaires. L’idée est de ne pas être prévisible. Vous pouvez jouer 80% du temps en formation classique et sortir la formation australienne sur un ou deux points importants pour semer le doute.
Le tableau suivant résume quand utiliser chaque formation, basé sur une analyse comparative des stratégies de double.
| Formation | Avantages | Quand l’utiliser |
|---|---|---|
| Classique | Position standard, plus facile à maîtriser | Contre des adversaires prévisibles |
| Australienne | Force l’adversaire à jouer sur votre coup fort (coup droit), déstabilise mentalement | Quand le revers est constamment exploité, sur les points importants à 40-0 ou 0-40 |
L’erreur du « couloir » que commettent 80% des joueurs de club en défense
Voici l’une des idées reçues les plus tenaces et les plus destructrices en double au niveau amateur : « chacun défend son couloir ». Cette logique, héritée du simple, est un non-sens tactique en double. En vous focalisant sur la défense de votre couloir, vous ouvrez un boulevard immense au centre du terrain. Or, le centre est la zone stratégique la plus importante du double pour une raison simple : le filet y est plus bas, offrant une plus grande marge d’erreur à vos adversaires.
L’erreur du couloir mène à des situations frustrantes : votre partenaire et vous êtes tous les deux battus par une balle qui passe entre vous deux. La solution est contre-intuitive : en défense, il faut viser et couvrir le centre. En pilonnant le centre, vous forcez vos adversaires, qui sont au filet, à se resserrer. Cette action a deux effets bénéfiques :
- Elle réduit drastiquement leurs angles d’attaque. Une volée jouée depuis le centre du court offre moins de possibilités qu’une volée jouée depuis le couloir.
- Elle crée une situation de conflit. Les deux adversaires peuvent hésiter, se demandant qui doit prendre la balle. Cette hésitation est souvent fatale.
En jouant systématiquement au centre lorsque vous êtes en défense (c’est-à-dire quand vos adversaires sont au filet et que vous êtes au fond), vous les obligez à tenter des coups plus difficiles (passings long de ligne, volées amorties délicates). Vous transformez une situation de faiblesse en une défense active et agressive. Le but n’est plus de « remettre la balle », mais de jouer une balle gênante qui vous permettra de reprendre l’initiative.
Quand tenter l’interception : le timing parfait pour surprendre le relanceur
L’interception à la volée, ou « le braconnage », est le coup le plus spectaculaire et le plus gratifiant en double. C’est l’arme ultime du partenaire proactif. Bien exécutée, elle met fin au point instantanément et installe un doute durable dans l’esprit du relanceur. Mais mal exécutée, elle laisse votre couloir grand ouvert et vous fait passer pour un joueur « perso ». Alors, quand la tenter ? Le secret n’est pas dans la vitesse de vos jambes, mais dans votre capacité de lecture et votre timing.
Le moment parfait pour intercepter dépend de plusieurs facteurs :
- La qualité du service : Un bon service qui met le relanceur en difficulté est le déclencheur numéro un. S’il est déséquilibré, il aura tendance à remettre la balle au centre, vous offrant une cible facile.
- Les habitudes du relanceur : Observez. Est-ce qu’il retourne systématiquement croisé ? Si oui, vous pouvez anticiper son coup et démarrer juste avant sa frappe.
- Le score : Tenter une interception à 40-0 est moins risqué qu’à 30-40. Utilisez les points « sans pression » pour tester le relanceur et lui montrer que vous êtes une menace.
L’erreur est de démarrer trop tôt. Le mouvement doit être explosif et tardif. Vous attendez que le relanceur ait commencé son geste de frappe, puis vous plongez vers le centre. C’est une feinte. L’idée est de lui faire croire que vous restez dans votre position le plus longtemps possible. Pour les joueurs de club, une information est rassurante : jusqu’en début de seconde série française (15, 5/6), le retour court-croisé est rarement un problème majeur. Cela signifie que le risque de se faire passer long de ligne en tentant une interception est plus faible qu’on ne le pense à ce niveau.

N’oubliez pas d’annoncer votre intention de « braconner » à votre partenaire avec un signal. S’il sait que vous allez croiser, il peut se décaler légèrement pour couvrir la zone que vous libérez. C’est la base de la fiabilité tactique.
Sacrifier le numéro 1 ou densifier le bas : quelle compo pour gagner la rencontre ?
Le double prend une dimension encore plus stratégique lors des championnats par équipe, notamment en France où le format des rencontres est très codifié. La question n’est plus seulement de gagner son propre match, mais de marquer les points nécessaires à la victoire de l’équipe. Sachant que le double vaut souvent plus qu’un simple, sa composition devient un véritable casse-tête pour le capitaine.
Une stratégie courante est de « sacrifier » le double en alignant des joueurs moins bien classés pour préserver les forces pour les simples. C’est une erreur si l’on considère l’importance du double dans le décompte final. Dans de nombreux championnats, un double rapporte 2 points, contre 1 pour un simple. Une approche plus fine consiste à créer une paire complémentaire, même avec des joueurs au classement « moyen », mais dont le jeu s’imbrique parfaitement.
En France, les règlements de la FFT ajoutent une couche de complexité. Par exemple, les championnats par équipe FFT exigent un minimum de joueurs JIFF (Joueurs Issus de la Formation Française) et imposent des règles strictes sur les remplacements en fonction du classement. Cela signifie que la composition doit être pensée de manière globale. Faut-il « blinder » le bas de la feuille de match avec une paire de double solide, capable de ramener les points quasi assurément, ou tenter un coup de poker en opposant une paire hétérogène mais potentiellement surprenante face aux numéros 1 adverses ?
La réponse dépend de l’analyse des forces en présence. Si l’équipe adverse a deux joueurs de simple très forts mais pas de culture du double, il est judicieux de composer une vraie paire de spécialistes. Cette paire, même moins bien classée sur le papier, peut déjouer les pronostics grâce à son intelligence tactique et sa cohésion, rapportant ainsi des points précieux pour la victoire finale de l’équipe.
Frapper fort ou amortir : quel choix pour finir le point à coup sûr ?
Vous avez fait le plus dur. Grâce à un bon service et une prise de filet agressive, vous vous retrouvez en position de conclure. La balle arrive, flottante, au-dessus du niveau du filet. C’est la volée de finition. Et c’est là que tout se complique. La panique s’installe : faut-il frapper un grand coup pour assurer le point, au risque de la mettre dehors ? Ou faut-il assurer avec une volée placée, au risque de donner une seconde chance à l’adversaire ?
La réponse dépend de la position de vos adversaires. Votre décision ne doit pas être basée sur vos propres sensations, mais sur une lecture rapide de la géométrie du court. Voici un guide de décision simple pour ne plus jamais hésiter :
- Si les deux adversaires sont au fond de court : Votre objectif est de jouer une balle courte et anglée (amortie ou volée « chopée »). L’idée n’est pas de frapper fort, mais de jouer dans l’espace libre le plus loin d’eux. Le temps qu’ils arrivent sur la balle, le point sera terminé.
- Si un adversaire monte au filet avec vous : La zone à viser est claire : ses pieds. Une volée dure et basse dirigée vers les pieds de l’adversaire au filet est extrêmement difficile à jouer. Il ne pourra que la relever, vous offrant (ou à votre partenaire) une deuxième volée encore plus facile.
- Si les deux adversaires sont sur leur ligne de fond, mais collés au centre : C’est le moment de jouer une volée avec un angle sortant, dans le couloir. La force est secondaire, c’est la précision de l’angle qui compte.
Le principe fondamental est que l’équipe qui prend le filet en premier est presque toujours celle qui gagne le point. La volée de finition n’est que la conclusion logique de cette prise de pouvoir. Il est donc crucial que les deux partenaires restent sur la même ligne, que ce soit en phase d’attaque au filet ou en phase de défense au fond. Cette cohésion empêche la création de trous dans votre défense et maximise votre pression en attaque.
À retenir
- La valeur d’un partenaire de double réside dans sa fiabilité tactique et non dans sa puissance brute.
- La communication non-verbale (signaux) avant le point est plus importante que la communication verbale pendant le point.
- En défense, la zone clé à viser n’est pas le couloir mais le centre, pour réduire les angles et provoquer l’erreur adverse.
Comment réussir ses volées de finition sans paniquer quand la balle arrive vite ?
La théorie est une chose, mais la réalité du terrain en est une autre. Comment garder son calme et exécuter une volée propre quand la balle arrive vite et que la pression est à son comble ? La panique à la volée est une réaction fréquente chez le joueur de club. Elle se traduit par un grand geste ample, un regard qui quitte la balle et une crispation du poignet. Le résultat est souvent une faute directe et une frustration immense.
Pour contrer cela, il faut revenir à l’essentiel. Une volée efficace n’est pas un coup frappé, mais un coup accompagné. Le secret réside dans la simplicité et la compacité du geste. Voici la séquence mentale à adopter :
- Préparation courte : Oubliez les grandes préparations du coup droit ou du revers. La tête de raquette doit rester devant vous, haute. Le geste se fait avec les épaules, pas avec le bras.
- Le « bloc » : Pensez à votre raquette comme un mur. Votre objectif est de bloquer la balle, d’utiliser la vitesse de la balle adverse contre elle. Le poignet doit rester ferme et verrouillé tout au long de l’impact.
- Les yeux sur la balle : C’est le conseil le plus bateau et pourtant le plus crucial. Fixez la balle depuis la raquette de l’adversaire jusqu’à votre propre tamis. Ne regardez pas où vous voulez jouer avant d’avoir frappé.
Il est statistiquement prouvé que le jeu au filet est rentable s’il est maîtrisé. En effet, le pourcentage de réussite au filet doit être supérieur à 50% pour qu’il soit intéressant de s’y aventurer. Cet objectif est tout à fait atteignable en se concentrant sur un geste simple et en arrêtant de vouloir surjouer. Une volée placée et solide est mille fois plus efficace qu’un coup de canon boisé. Votre partenaire ne vous demande pas d’être un magicien, il vous demande d’être un mur fiable.
En intégrant ces principes, vous ne serez plus le partenaire qui subit, mais celui qui pense, qui anticipe et qui construit. Vous deviendrez le pilier sur lequel votre coéquipier peut s’appuyer, un véritable atout stratégique. Lancez-vous, et appliquez un seul de ces conseils lors de votre prochain match pour commencer votre transformation.